Le jeu d’être humain : de la peur à la liberté et à l'amour
- Katiana Cordoba

- 29 sept.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 oct.

Dès le moment où nous naissons, nous entrons dans un jeu — le jeu de la vie. La règle est simple : rester en vie. Ne pas mourir.
Et pourtant, caché derrière cette règle si simple se trouve le plus ancien des mystères : la peur de disparaître.Cette peur vit silencieusement en nous et façonne tout ce que nous faisons. Elle se manifeste sous des formes que nous ne reconnaissons presque jamais comme de la peur : nous l’appelons anxiété, ambition, solitude, dépression, stress ou responsabilité. Mais toutes ces formes portent le même cri ancien : je ne veux pas disparaître.
C’est le programme qui dirige chaque histoire humaine.Sous notre civilisation, sous nos réussites et nos relations, ce code primordial continue de vibrer, nous poussant vers une seule chose : la sécurité.
La sécurité est le fondement de l’expérience humaine.Lorsque tu te sens en sécurité, tu peux enfin être toi-même.Tu peux aimer sans peur du rejet. Tu peux te consacrer à ce qui te passionne vraiment.Tu peux vivre sans masque — parce que rien ne semble menaçant.
Et lorsque plus rien ne peut te blesser, la peur de mourir s’efface.Mais comment y parvenir ?Comment nous sentir vraiment en sécurité — non seulement face à la mort physique, mais face à la peur de disparaître de la vie elle-même ?Cette question accompagne l’humanité depuis toujours.
L’Origine du Jeu
Depuis le commencement, les êtres humains ont lutté pour survivre.Nos ancêtres ont découvert que seuls, ils étaient fragiles, mais qu’ensemble, ils pouvaient perdurer.Appartenir devint la première forme de protection.
Faire partie du groupe signifiait la chaleur, la nourriture, la vie.Être rejeté signifiait la mort.
Ainsi, le corps humain apprit cette loi :si j’appartiens, je survis.
De cet instinct sont nées la culture, la communauté et la personnalité.Pour continuer d’appartenir, il fallait être utile, reconnu, aimé.Celui qu’on ignorait ou rejetait ressentait la terreur de l’isolement — l’écho de cette peur première : si je suis seul, je mourrai.
Ce souvenir vit encore en nous.C’est pourquoi le silence de quelqu’un que nous aimons peut être ressenti comme un tremblement intérieur.
La Quête de l’Amour
L’amour est devenu notre nouveau refuge. Si quelqu’un m’aime, j’appartiens.Si j’appartiens, je suis en sécurité. Si je suis en sécurité, je vis.
Alors nous avons appris à nous adapter, à plaire, à nous perfectionner, à être “assez”.Nous avons construit des masques pour être aimés — sans voir que nous ne cherchions pas l’amour en soi, mais la sécurité à travers l’amour.
Et ainsi débuta la boucle sans fin :être aimé → appartenir → être en sécurité → survivre.
Mais l’amour recherché comme protection n’est pas la liberté.C’est la peur déguisée en dévotion.
La Religion et la Quête du Divin
À mesure que les civilisations grandissaient, notre désir de sécurité absolue grandissait lui aussi.L’être humain sentit qu’il existait quelque chose de plus grand que lui — une Présence au-delà du temps, de la mort et de la peur.Ce n’était pas une illusion, mais une intuition : la certitude profonde qu’il existe quelque chose au-delà du visible.
Pour s’en approcher, nous avons créé la religion — une façon de parler au mystère. Et comme nous ne pouvions décrire l’inconnu qu’à travers ce que nous connaissions, nous avons donné à cette Présence divine des traits humains : colère, jalousie, justice, joie, compassion.Nous avons projeté nos propres émotions sur Dieu, le rendant parfois aimant, parfois redoutable — un miroir de notre monde intérieur.
Ainsi, l’humanité a appris à craindre et adorer le même Être.Mais au cœur de toutes les religions et philosophies demeure une graine commune : la recherche de l’amour.
Les êtres humains cherchaient instinctivement le Dieu de l’amour — celui qui dissout la peur, et non celui qui la renforce. Car au plus profond, le cœur sait que l’amour est la sécurité.
C’est pourquoi tant de traditions affirment que le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la peur.La peur sépare, l’amour unit. La peur ferme, l’amour ouvre. La peur dit : “je dois survivre”, l’amour murmure : “tu n’as jamais été en danger.”
Lorsque l’humanité a commencé à chercher non le Dieu de la peur, mais le Dieu de l’amour — le Dieu de l’acceptation, de la paix et de la confiance — le véritable chemin du salut s’est révélé.Ce n’était pas fuir la mort, mais s’éveiller à ce qui ne meurt jamais.
Le Chemin de la Transformation
À travers l’amour, nous comprenons que nos formes physiques ne durent pas : elles se transforment sans cesse.Nous ne sommes jamais les mêmes d’un jour à l’autre. Le corps change, les pensées changent, les émotions se renouvellent.
Et lorsque survient la dernière transformation — lorsque le cœur cesse de battre — la vie continue sous d’autres formes.Le corps retourne à la terre, devient sol, nourrit un arbre, alimente un animal, coule dans l’eau et devient une autre vie.
Il en est de même dans les mondes invisibles.Notre conscience, notre essence, notre être continuent, évoluant vers d’autres expressions de l’existence.Certains appellent cela le ciel, d’autres la réincarnation, d’autres encore les dimensions.Mais sous tous les noms, la vérité reste la même : l’énergie ne meurt pas, elle se transforme.
Et l’amour — l’essence de toute énergie — continue. Car tu es cet amour.Tu ne disparais pas : tu changes simplement de forme.
Voir le Jeu
C’est ici que commence véritablement le chemin spirituel :quand tu cesses de jouer sans conscience et que tu commences à voir le jeu.
Tu observes tes impulsions — la manière dont tu poursuis la sécurité, l’approbation ou le contrôle.Tu réalises qu’une grande partie de ta vie a été dirigée par des programmes invisibles. Et au moment où tu le vois, quelque chose bascule.
Tu n’es plus la marionnette : tu es la conscience qui tient les fils.Comme le disait Anthony de Mello : « Au moment où tu vois la machine, tu n’es plus la machine. »Et Ram Dass ajouterait en souriant : « Ah… maintenant tu commences à être ici. »
Enfin, tu es ici — sans angoisse pour demain, car tu ressens ton éternité.
Le Pouvoir de Créer le Sens
Quand tu t’éveilles à cette vision, tu découvres quelque chose de simple et de libérateur :rien n’a de sens en soi — c’est toi qui le lui donnes.
Tu n’es pas séparé du Créateur — le Créateur agit à travers toi.Dieu en toi, toi en Dieu — co-créant toute cette expérience.
Si tu décides que la pluie est belle, elle devient belle. Si tu la juges triste, elle devient triste. Si tu dis que ta vie compte, alors elle compte.
Le sens ne se trouve pas : il se crée. La mission ne se reçoit pas : elle se vit.Tu es le narrateur de ta propre histoire.
Et si tu dis : “je meurs”, tu meurs dans cette pensée. Si tu dis : “je me transforme”, tu es déjà transformé.
Le Grand Tournant
Cette compréhension marque le grand tournant : passer d’une programmation inconsciente à une liberté consciente.Lorsque tu te reconnais comme créateur de sens, les anciens peurs s’effacent.La peur de la mort, du rejet, de ne pas être suffisant — tout cela n’était pas la réalité, mais l’identification à un moi fragile qui se croyait séparé.
Quand tu t’éveilles, tu vois que tu n’as jamais été vraiment en danger.Tu n’es pas une créature qui lutte pour survivre à l’intérieur de la vie.Tu es la vie elle-même — consciente d’elle-même.Et dans cette conscience, il n’y a rien à défendre.
De la Peur à l’Amour
C’est l’invitation au cœur de toutes les véritables enseignements :passer de la peur à l’amour,et de l’amour à la liberté,jusqu’à comprendre qu’il n’y a jamais eu de distance entre eux.
Cesser de vivre uniquement pour être en sécurité,et commencer à créer consciemment,dans la liberté, dans la confiance,en sachant que tout cela est ta propre création —l’expression de ce que tu es, et non de ce que tu crains.
Lorsque tu te reconnais comme la source,comme un avec la Source plus grande que le chercheur,tu entres dans la pleine possession de ton existence,en union avec le Tout.
Le jeu continue, mais désormais tu joues en étant éveillé. Et quand tu joues éveillé, chaque mouvement devient un acte d’amour.
Katiana




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